Venus d'Ailleurs
Dans « Venus d’Ailleurs », le projet est basé sur une transposition, une mutation « numérique », d’animaux sauvages photographiés dans des zoos et parcs animaliers, que je transporte en des lieux, paysages ou sites inhabituels pour eux, simple suggestion aux confins du doute qui laisse place à l’imaginaire et à la réflexion du regardant. Le résultat est étrange et improbable, pourtant on se laisse facilement séduire par ces propositions fantasmagoriques.
Cette manipulation ne s’applique pas seulement aux images, mais à certaines réalités, celle de la nature et de l’animal par exemple, dont l’élevage industriel, la recherche génétique, le clonage ont définitivement transformé nos conditions de vie. Ne peut-on avancer l’hypothèse que la nature et l’animal nous questionne parce que son statut le situe désormais au plus proche d’un réel manipulé, au moment où des espèces sauvages sont réintroduites dans un milieu nécessairement surveillé pour qu’il advienne original, où le naturel ne peut survivre qu’enclos ?
Notre vision du monde et de l’univers a bien changé. Le monde est devenu plus petit par le développement de nos connaissances et hautes technologies, l’information plus étendue et complexe, notre vision du futur plus instable et incertaine.
On assiste aujourd’hui à une rupture historique et anthropologique due, principalement à la révolution économique, à la révolution numérique et à la révolution génétique. Nous avons fait de tels progrès techniques que nous ne savons plus où sont les limites. C’est quand la nature disparaît que l’on pense à l’écologie. C’est une tendance de fond provenant de la perte des repères, induite par la primauté des intérêts économiques.
Par la photographie et le montage, j’ai inventé une nature représentée, jamais intacte et indépendante de l'homme, mais toujours manipulée et par conséquent contrôlée. Une nature artificiellement intensifiée par la frénésie du monde qui l’entoure. En juxtaposant des animaux dans un paysage autre que le sien je cherche à questionner ces paradoxes (entre l’idée romantique de la nature et « sa réalité », ou bien encore, entre « le naturel et l’artificiel »).
Au-delà de mon engagement écologique et de mon intérêt pour le monde animalier, ma démarche artistique traduit mon idée de la « responsabilité » : questionner ce qui m’entoure est le sens de l’ensemble de mes démarches. Toutefois, mon rôle n’est pas de promouvoir une « vérité écologique », même si je me sens concernée. Réaliser ce projet a pour objectif d’affronter certaines craintes, miroirs de notre époque, et d’utiliser ce questionnement comme antidote à l’anthropocentrisme.
Mais aujourd'hui témoignant d'un passé de plus en plus lointain la représentation est une nécessité, une allégorie d'un monde enfoui et en fuite.
Dans un article du « Monde2 » N°201 du 22 décembre 08, la philosophe Vinciane Despret commente : « Mais à qui appartient la nature finalement ? »L’homme a connu trois étapes dans ses rapports aux animaux. D’abord, il les a si bien chassés qu’il a failli faire disparaître la moitié des espèces. Puis il a commencé à en protéger certaines. Aujourd’hui, il faut poser des limites, contrôler ; C’est difficile. Nous devons apprendre à payer pour les conséquences de nos actes, pour nos mauvaises actions mais aussi les bonnes ! »
Publicité